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Yves HELBERT

D’une recherche de quelques mots pris au hasard et lancés dans ce puits sans fond qu’est Internet surgit une infinité d’images inattendues, d’une boîte oubliée dans un grenier s’échappent de vieilles photos de visages sur lesquels on ne sait plus mettre de nom depuis longtemps, de vieilles revues feuilletées négligemment montrent des objets dont on ne connaît plus l’utilité ou des inventions délirantes restées sans suite…: ce sont de toutes ces images, ces photos qu’Yves Helbert s’inspire pour ses dessins.

Pendant que l’esprit choisit, organise et assemble, que la main dessine d’un trait sûr et minutieux, le titre naît, subrepticement.

Citons en quelques-uns, inscrits dans le dessin même et pris au hasard : « la rhétorique de l’image », « le déficit commercial », « le jour de gloire », « le sacrifice de la rose », « la preuve par l’image », « la chambre d’amis », « la reproduction des élites », « l’heure de gloire », « les coulisses du pouvoir », « la descente de croix », « le partage des compétences », « l’opération programmée »… Ces titres ne commentent pas les images, les images ne viennent pas illustrer les titres. De fait, titres et dessins sont indissociables et leur juxtaposition crée un trouble analogue à celui ainsi décrit par Roland Barthes dans l’Empire des signes : « une sorte de vacillement visuel, analogue peut-être à cette perte de sens que le Zen appelle un satori ». Si, au premier regard, leur association paraît arbitraire – arbitraire dans lequel Breton voyait la force première de l’image surréaliste -, il est toutefois possible de dégager certains thèmes qui sous-tendent le travail d’Yves Helbert, au-delà de l’humour, toujours présent : l’interrogation sur la nature, la politique, la nostalgie, l’émerveillement devant les objets inutiles…

En même temps que les dessins, sont présentés quelques dioramas dans lesquels, notamment, Yves Helbert met en scène, toujours avec humour, l’oeuvre d’art dans l’atelier de l’artiste, ou bien muséifiée, ou bien encore abandonnée…

Le Sacrifice de la Rose

Young Hee HONG

Young-Hee HONG, plasticienne, est diplômée de l’université de Sung-Shin de Séoul, de l’Ecole supérieure des arts décoratifs de Strasbourg, docteur en Arts plastiques (Université Marc Bloc de Strasbourg). Elle travaille entre Paris et Strasbourg.

SIte web

« no place to sit », installation

Tours inachevées, échevelées, n’ayant jamais eu l’ambition de toucher un ciel que de toute façon l’on pressent vide. Tours de fer en fil suspendant, dans un espace dont l’expansion ne suit aucun projet autre que de s’abandonner au geste de l’artiste, quelques points blancs, ou parfois rouges. Babel(s) donc sans projet et sans ambition autre qu’une construction méditative du vide que laissent les liens inaboutis, les instants sans suite perceptible comme en égrainent inlassablement les jours de la vie.

« Faire le point », dessin

En les constellant de points de peinture blanche, Young-Hee HONG brouille ces images qui font le quotidien des quotidiens – photos de faits divers, de manifestations, de réunions politiques, de « peoples » …-, images sur lesquelles, au hasard d’une page distraitement tournée, on s’arrête parfois sans trop savoir pourquoi, saisi d’une émotion ou d’un sentiment de l’étrange qu’on ne saurait expliquer. A l’inverse de la peinture aborigène, dont le pointillisme sert à cacher au profane l’image sacrée qu’il recouvre, Young-Hee HONG oriente le regard du spectateur, l’intrigue, le perd, lui fait rechercher le sens de l’image première qu’elle sauve ainsi de sa banalité en faisant naître, au-delà des étoiles ainsi posées en minutieuses gouttes, des univers poétiques arrachés au trivial.

Yuko SOI

Des poèmes du quotidien dessinés avec ardeur à la pointe acérée de crayons de couleurs qui disent la tristesse et aussi la simplicité de la vie. Aucun artifice dans leur expression minutieuse qui ne révèle que la sobriété du cœur et des sentiments humains. Dans un monde de l’art où tout change vite et fort et qui semble dominé par la recherche conceptuelle, les œuvres de Yuko Soi nous font revenir à un questionnement presque naïf sur ce qu’est l’art.

細く細くとがらせた色鉛筆の先端で描かれる細密な描写によって、無作為に選んだ大小様々な紙に切々と刻まれた日常の詩。生きることはこんなにも切なく、そしてまたシンプルなものなのだと作品は教えてくれます。その繊細な筆致と表現には一切の作為も、ねらいもなく、人間的な感情や純一な心の黙示のみによって描かれています。昨今の変動の激しいアートの世界では、コンセプト付きの新しい発想ばかり求める風潮が目立ちますが、我々は彼女の作品の前でアートってなんだっけ、という素直な気持ちに立ち返るのです。

Sarah BARTÉLÉMY-SIBI

« Cumulovaccus », Mobiles / papier découpé

13 bis

Depuis 2009, Treize bis, plasticien, colle ses images poétiques sur les murs de son quartier, à la frontière des XIXe et XXe arrondissements de Paris.

La vitrine qu’est la rue lui a permis de faire de nombreuses rencontres et de réaliser ses premières commandes : ornementations et scénographies pour des événements musicaux et des créateurs de mode, clips, décors muraux extérieurs ou intérieurs de bars et de boutiques… jusqu’à concevoir des compositions sur mesure pour des particuliers.

Pour son exposition à la galerie TOKONOMA, Treize bis a plié, sans l’appauvrir, son riche imaginaire au format classique du cadre.

À l’occasion de cette exposition, il présente également un échantillon de ses compositions d’intérieur. 

L’interview de l’artiste publié en 2018 sur ARTIST UP.fr 

Olivier RENEVRET

Une certaine absence

Ce que je cherche avant tout dans la pratique de la peinture c’est mon absence. Je ne veux être responsable que de l’évidence de ce que la peinture montre, laissant à elle-même son pouvoir poétique, narratif ou émotionnel.

J’ai choisi pour cela les outils les plus simples de la peinture. C’est le choix du non-choix. Parce qu’ils ont été utilisés par tant d’autres depuis si longtemps ces outils ne peuvent pas m’appartenir. Ils sont intemporels et universels. Ils me permettent de ne rien affirmer.

J’utilise, pour la production de mes œuvres, des procédés simples qui régissent l’application du médium sur la toile. Ces procédés, pensés en amont de la réalisation, m’empêchent d’agir en réaction avec ce que je vois naître sous mes yeux et évitent toute expression personnelle née de l’instant. En revanche ces procédés intègrent systématiquement le geste qui est ici abordé comme « utile » et non esthétisant ; à la manière d’un maçon façonnant un enduit.

Par cette approche de la peinture je me donne une place proche de celle du spectateur dans le sens où je n’ai pas de volonté prédéfinie quant au résultat final mais n’en suis que le témoin. C’est une démarche d’ouverture, d’accueil et d’acceptation. En cherchant mon absence j’invite l’œuvre à se réaliser d’elle-même, à me dépasser.

Laureline LÊ

Née en 1988. Vit et travaille à Paris.

Après avoir étudié la gravure à l’école Estienne puis intégré les Beaux-Arts de Paris, dont elle a récemment été diplômée, Laureline Lê pratique aujourd’hui principalement le dessin, mais aussi l’estampe et la sculpture (céramique, bronze). Curieuse de découvrir de nouveaux environnements de travail, elle a effectué plusieurs résidences d’artiste à l’étranger (Luxembourg, Québec, Danemark…). Ses pièces ont été exposées à Londres, au Danemark, au Luxembourg, ainsi qu’à Paris et en région parisienne.

Au premier abord, la pratique artistique de Laureline Lê évoque la délicatesse d’une collecte d’éléments naturels voués à l’étude, une poétique de la recherche scientifique. Selon une déclinaison de tonalités noires et blanches, les œuvres de l’artiste apparaissent comme les variations de surfaces sensibles détachées de leur état de nature, la blancheur clinique qui les entoure n’enlevant rien de leur beauté intrigante. Le procédé de l’empreinte cher à l’artiste, donne naissance à des formes indicielles, nées d’une « matière reproduisant la matière »¹. Pourtant, tandis qu’elle recueille, effleure ou frotte chacun de ces objets, Laureline Lê laisse se profiler des profondeurs inattendues. C’est alors qu’un imaginaire de cartographie donne naissance aux ambitions abyssales de la géologie². Le cheminement qui sous-tend la conception des œuvres présentées se trouve retranscrit au travers d’un dessin sur bois intitulé La Carte mentale. Cette œuvre apparaît ainsi comme une forme de cosmogramme englobant l’ensemble du travail de manière allusive, donnant à voir les lois régissant le « micro-univers » de l’exposition. C’est avec délicatesse que Laureline Lê propose de s’approprier le monde, en convoitant ce qu’il est possible de tenir dans la main. Tandis que nous connaissons le dieu Atlas portant la terre sur ses épaules, Laureline Lê nous invite à l’embrasser au travers de fragments poétiques.

Laure Jaumouillé

1 – Didi-Huberman Georges, La ressemblance par contact, archéologie, anachronisme et modernité de l’empreinte, Les Editions de Minuit, Paris, 2008, p.131

2 – L’émergence de cette nouvelle dimension apparaissant tout particulièrement dans la série de dessins intitulée Six théories des profondeurs.

L'exposition « Adtentio », installation, dessins
du 21 mai au 14 juin 2015

Catherine RAYNAL

Avec pour seul viatique des objets délaissés, des matériaux usagés, Catherine Raynal explore la part d’ombre et de silence que recèle toute mémoire, la sienne mais aussi la nôtre.

Ainsi l’installation « mémoire noire » s’est elle construite en assemblant sur des formes de bois recouvertes de pages d’annuaires enduites de jus d’encre de Chine des objets hétéroclites qu’elle a glanés au fil du temps ou que lui ont apportés amis et connaissances qui ont participé à cette démarche et à cette création. Objets certes infiniment modestes, hétéroclites, usés, rouillés, cassés, au rebut, mais objets auxquels s’associe la richesse des souvenirs de moments, de lieux, de visages qui, traversant l’ombre du temps, remontent à la mémoire individuelle ou collective.

De même, ce sont des vestiges de vies qui ont imprégné de vieux draps exhumés de quelque armoire que Catherine Raynal cherche à faire revenir au jour à travers des jeux d’encre, ombres du passage de l’humain.

De la pratique méditative et silencieuse qu’impose la broderie sur une toile que le temps a écrue sont nés des dessins ainsi que des mots qui reprennent en écho ceux qui reviennent souvent en majeur dans la poésie d’Anise Koltz.

Enfin les dessins, exécutés dans des tons de noir et de rouge, également présentés dans l’exposition, témoignent de cette démarche d’introspection et de réflexion que l’artiste poursuit sur la mémoire des ombres.

Fabienne SANNER

Fabienne SANNER, sculptures

Cyril TRICAUD

Tel Narcisse, le peintre a mis longtemps à se saisir du reflet que lui offrait sa toile. Il s’est d’abord subrepticement glissé, spectateur souvent anonyme, acteur modeste, dans les scènes qu’il peignait. Puis, miroir aidant, il est devenu le plus fidèle, le plus disponible de ses modèles, le seul peut être à l’accompagner sa vie durant jusqu’au bout de sa vieillesse, parfois jusqu’aux portes de la mort. Enfin il s’est plus fièrement campé en peintre, face à son chevalet, armé des armes de son état : pinceaux, palette, chiffons…

C’est dans cette tradition « de l’autoportrait en peintre » que s’inscrit Cyril Tricaud, mais à sa manière, teintée d’humour et de douce dérision. Dans cette tradition certes, mais en la renouvelant.

Ce qu’il donne à voir, c’est un peu de l’univers pictural qu’il a acquis en fréquentant les maîtres classiques, en arpentant inlassablement le Louvre. Il y puise ses références qui affleurent dans toute son œuvre en la nourrissant. Ce n’est pas pour autant un art savant de citations subtilement introduites. Le Christ entrant dans Jérusalem sur son âne ou gisant est bien là, présent, simplement reproduit comme l’est, de même, la mort de Sardanapale de Delacroix. L’artiste parfois s’y confronte, jalousant les glacis qui donnent à voir la transparence des chaires pâles de l’esclave qu’on sacrifie, tout en assumant lui-même les fluorescences de sa propre palette. Parfois il en joue, s’installant en rêve à califourchon derrière le Christ et entrant ainsi, quelque peu éberlué, dans on ne sait quelle Jérusalem, ou bien se réveillant de sa sieste à côté d’un Christ gisant attendant, lui, l’improbable résurrection de sa chair de bois. Ou encore il entre dans la toile et, à l’habit de lumière du modèle de Manet, il substitue tee-shirt et jean maculé en provoquant le spectateur d’une muleta qui n’est autre qu’une poupée gonflable…

FA

Exposition « Autoportraits en peintre »
du 26 janvier au 4 mars 2017

Biographie

Né à Asnières en 1982, Cyril Tricaud a fait le choix de la peinture à laquelle il s’est adonné de façon quasi exclusive aux Beaux-Arts de Paris. Peinture de chevalet, mais aussi fresque, dessins et études d’après modèle, anatomie, paysages, scènes religieuses et allégoriques, portraits et autoportraits.

Cyril Tricaud, diplômé en 2008 de l’École Nationale Supérieure des Beaux Arts de Paris avec félicitations du jury, a reçu plusieurs prix : Mention du jury, prix de dessin David Weill, Académie des beaux-arts en 2014 ; Lauréat du prix Hiscox en 2009 ; Lauréat du prix Diamond en 2007.