Lucas WEINACHTER

Lucas Weinachter, né en 1959, vit et travaille à Paris où il a étudié à l’Ecole des Beaux-Arts dans l’atelier de Velickovic.
Si le dessin et la peinture sont ses premières amours, c’est une rencontre avec l’artiste Louis Pons au début des années 80 qui déclenche chez lui le désir de développer un travail en volume, des assemblages qu’il enferme dans des boîtes, puis sous des globes de verre dans l’esprit des reliquaires et des cabinets de curiosités… Il reprend un travail pictural à la fin des années 90 qu’il ne commencera à exposer qu’à partir de 2004.
Un des arcanes majeurs du tarot de Marseille, « la Maison Dieu », représente une tour qui, foudroyée, choit ; tantôt positif tantôt négatif, il est interprété comme le présage d’un changement profond, d’un bouleversement, d’une destruction ou au contraire d’une transformation bénéfique à venir. Dans la présente exposition « Serious Games », ce bouleversement est déjà advenu.
Si la qualité du trait et la virtuosité dont Lucas Weinachter a déjà fait la preuve demeurent et s’affirment, le travail aujourd’hui montré rompt avec les thèmes précédemment explorés par l’artiste. En effet, dans la présente exposition, la figure humaine a fait place à des volumes presque abstraits, squelettes de maison ou de bâtiments.
Comme dans « la Maison Dieu », ces maisons tombent dans une chute qu’on imagine sans fin, les usines sont renversées comme des jouets que, dans son caprice, la main d’un enfant aux yeux bandés manipule et culbute. S’il reste des paysages aux couleurs sourdes, seuls y surgissent des bâtiments isolés dont la cheminée disproportionnée se dresse vers le ciel comme un doigt et dont la fonction improbable a été depuis longtemps oubliée par les hommes qui les ont abandonnés. D’ailleurs, vu de plus près, ces bâtiments massifs, aux fenêtres étroites comme des meurtrières, ressemblent à des prisons que l’on a fuies. Fuies vers où, pour échapper à quelle catastrophe ou aller vers quelle promesse, on ne sait…
Ces usines en déshérence, ces maisons qui tombent, ces paysages bouleversés, ce sont bien sûr ceux de la Lorraine où Lucas Weinachter a grandi, mais ce sont aussi les signes des profondes transformations qui affectent nos vies. Si, plutôt qu’un « monde flottant » c’est un monde qui s’écroule qui nous est ici donné à voir, c’est bien de l’impermanence de toutes choses qu’il s’agit.
Mais l’arcane de « la Maison Dieu » laisse aussi augurer que de ce monde en mouvement naîtra un changement bénéfique, une géographie nouvelle.