Enzo Certa

Enzo Certa, né en 1989 dans une famille franco-italienne, après des études en histoire de l’art et en restauration de peinture polychrome, a décidé de se consacrer exclusivement à la peinture. Il entre alors aux Beaux-Arts de Caen dont il sera diplômé avec les félicitations du jury ; aujourd’hui, il termine son cursus aux Beaux-Arts de Paris dans l’atelier de Tim Eitel.

En 1964, en 58 notes dédiées à Oscar Wilde, Susan Sontag tentait de cerner ce qui était – ou n’était pas – « Camp », adjectif que l’Oxford Dictionary se bornait sobrement à définir depuis 1909 comme ce qui est «  d’un style délibérément exagéré et théâtral », autrement dit efféminé en anglais victorien…

Pour Susan Sontag, « Le « Camp » est un certain modèle d’esthétisme (dont) l’idéal n’est pas la beauté mais un certain degré d’artifice, de stylisation (…), fondamentalement ennemi du naturel, porté vers l’exagération». » « L’art « Camp » est un art décoratif qui met plus particulièrement en relief la forme, la surface sensible, le style, au détriment du contenu (…) en un mélange d’outrance, de passion, de fantastique et de naïveté ». «  Le « Camp » (…) c’est un art qui se prend au sérieux, mais qui ne peut être pris tout à fait au sérieux, car il « en fait trop », (…) c’est une victoire du « style » sur le « contenu », de l’esthétique sur la moralité, de l’ironie sur le tragique ». « Le « Camp » est généreux. Son but: la jouissance. »

C’est de cette esthétique « Camp » ainsi comprise dont se revendique expressément le travail d’Enzo Certa. En témoignent les œuvres aujourd’hui présentées par la galerie Tokonoma, colorées, festives, drôles, dans lesquelles apparaissent la virtuosité du peintre et sa fascination pour les étoffes, les grenades, les raisins, l’or et les armures, motifs et références puisés dans la « petite » comme dans la « grande » peinture, la bande dessinée …

« Ma pratique de la peinture, et de la performance, est la même, à ceci prêt que je ne garde aucune trace de la performance, je préfère la raconter. Dans les deux cas, j’essaie de mettre en place un espace qui relève du théâtre. J’explore le corps, l’identité, les plaisirs, la violence, les genres, le tout sous la forme d’une décadence fantasmée.
Les objets sont des métaphores, des vecteurs ou des symboles mis en place dans un festin sordide. Je cherche une narration, mais, plus que narrer j’essaie d’évoquer. J’explore cet espace sensible de ce que peut dire une peinture, de ce qu’elle peut raconter, du mystère qu’elle peut offrir.
Je créé une narration sensitive, comme une oeuvre dont nous aurions perdu le mythe de référence, mais qui pourtant nous laisserait, comme par malice, assez d’éléments pour être intelligible, de matière pour être consommée, de lignes pour être suivie. Pour cela je revisite la peinture d’histoire et les codes de sa narration.
L’humour est très important dans mon travail. Souvent il vient alléger et m’alléger de sujets qui me paraissent violents, sérieux et engagés. La haute couture est aussi très présente dans mon travail, elle y est un outil et un questionnement, je l’interroge et je m’en sers pour costumer mes acteurs et mes modèles. Elle est aussi un moyen de travailler sur la séduction des matières, la séduction de la peinture. 
Mon travail a été grandement nourri par des auteurs comme René Girard, Paul B. Preciado, ou encore le travail de Susan Sontag sur le style Camp. « 

                                                                                                                                                      Enzo Certa