Fred Maillard – Philippe Caillaud

Périurbaine pastorale 14 novembre – 7 décembre 2019

Le paysage, du moins tel que certains curateurs le phantasment, est aujourd’hui à l’honneur, pour ne pas dire à la mode. On « l’interroge », on le « biennalise » après en avoir expulsé l’homme et les traces de son activité. On parle de la beauté des champs, parfois de la beauté des villes, mais l’entre-deux, ce périurbain tant décrié, qui le peint ? Il est banni des représentations, y compris par ceux-là même qui se refusent à tout esthétisme, et l’on ne voit en lui que laideur et triste banalité.
C’est cette zone ingrate et dépréciée que Fred Maillard s’attache à représenter, ingrate et dépréciée alors que, pourtant, dans cette zone incertaine la poésie le dispute à la laideur, le fantastique au trivial.
Mais la présence des objets et agencements standardisés, qui en est la marque, s’étend au-delà des périphéries des villes et partout gangrène le paysage, s’insinuant le long des routes et autoroutes, sautant les haies des zones pavillonnaires, explosant autour des centres commerciaux. Si la litanie des noms de nos belles provinces (Anjou, Guyenne, Dauphiné, Bourgogne, Roussillon, Béarn…) fait encore rêver et évoque des paysages d’une France épargnée par cet uniforme enlaidissement, Fred Maillard est là pour nous détromper, sur un mode ironique, par sa série de 24 « Blasons » qui ruine tout pittoresque. Au lieu de la richesse et de la diversité des paysages espérées, Fred Maillard nous montre des paysages banals et uniformisés, où se mêlent à la nature, au demeurant réduite à un bout de haie, une bordure de route, un arbre dénudé, ces objets et images de notre quotidien que sont devenus chaises en plastique, clôtures en grillage, enseignes, lotissements, décharges sauvages…
De même, la lecture des anciens « Guides verts » faisait naître chez les voyageurs immobiles la promesse de riches paysages émaillés de villages et de villes au patrimoine intact. Or, nous dit Philippe Caillaud en proposant ses couvertures parodiques de ces mêmes guides, il faut renoncer à ce rêve car au bout de la route nous ne trouverons plus que « Trou perdu », « Zone 51 », « Pétaouchnok », « Lieux communs » … bien loin de toute imagerie régionale, contaminés qu’ils sont par la modernité et tels que Fred Maillard les peints. À cette insidieuse destruction on se surprend à penser que le spectacle grandiose du feu dévorant maisons, bâtiments et même cathédrales que Philippe Caillaud, en pyromane de l’art, peint sur des boîtes d’allumettes, serait préférable et, à tout le moins, plus festif.
Gladys Nistor –    décembre 2019